16 juin : mardi 11° semaine : Nos péchés ont des conséquences que Dieu ne peut supprimer

Si certains parmi vous n’ont pas pu participer à la messe hier, je vous fais un rapide résumé de la situation pour comprendre la 1° lecture. Le roi Achab convoitait la vigne d’un pauvre du nom de Naboth, il aurait bien voulu en faire son potager. Naboth n’a pas voulu lui céder ce terrain qu’il avait reçu en héritage et qu’il considérait comme sacré. Le roi en était très contrarié, sa femme Jézabel l’ayant remarqué et ne supportant pas que quelqu’un ose s’opposer à son roi de mari, mit au point un stratagème pour éliminer Naboth. Puisque personne n’a été capable de prendre la défense de ce pauvre homme injustement accusé, c’est Dieu lui-même qui va s’occuper de rendre la justice et ça nous soulage de savoir que le mensonge ne l’emportera pas. C’est Elie qui va être chargé de cette mission et quand Achab le voit arriver, il pressent bien que ce n’est pas bon signe puisque nous avons entendu comment il l’accueille : « Tu m’as donc retrouvé, toi, mon ennemi ! » La suite nous montrera qu’Elie ne prendra pas de gants pour faire part au roi de la décision de Dieu.

Quand nous lisons la suite du texte, c’est sûr que, d’un point de vue humain, on aurait envie de dire : Achab et Jézabel n’ont pas volé la punition que le prophète leur promet ! Mais quand même, comme croyants, nous sommes choqués que le prophète qui parle au nom de Dieu, ose dire à Achab : « À l’endroit même où les chiens ont lapé le sang de Naboth, les chiens laperont ton sang à toi aussi. » et juste un peu plus loin, qu’il dise à Jézabel : « Les chiens dévoreront Jézabel sous les murs de la ville de Yizréel ! » Bien sûr, il faut que justice soit faite, mais de telles paroles prononcées au nom de Dieu nous semblent aux antipodes de celles de Jésus que nous avons entendues dans l’Evangile : « Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. » 

C’est en mesurant cet écart que certains finissent par penser qu’il est inutile de lire le Premier Testament dans lequel Dieu apparait tellement éloigné de la révélation qu’en donnera Jésus. C’est dommage de réagir comme cela car nous pouvons toujours apprendre en lisant le Premier Testament. Mais, pour apprendre, il faut accepter deux choses : tout d’abord accepter que ces textes soient datés, nous sommes des siècles et des siècles avant Jésus, il reste beaucoup de chemin à faire, ne nous étonnons donc pas d’entendre des paroles qui nous choquent. Et ensuite, il faut accepter de travailler un peu. Face à un texte qui nous choque, nous pouvons toujours nous demander : puisque ce texte, avec ces paroles choquantes est dans la Parole de Dieu, que veux-tu me dire, Seigneur, à moi aujourd’hui ?

Il me semble que ce texte veut nous mettre en garde contre la légèreté avec laquelle nous pourrions traiter le mal que nous faisons. Le mal que nous commettons ne peut jamais être anodin, nous ne pouvons pas dire : pas grave, j’irai me confesser ! Bien sûr, Dieu pardonne, il va d’ailleurs pardonner à Achab qui s’est repenti, mais, même avec le pardon de Dieu, le mal garde ses conséquences, Naboth reste mort ! Et c’est ainsi que nous pouvons comprendre les paroles qui concluaient le récit : je ne ferai pas venir le malheur du vivant d’Achab ; c’est sous le règne de son fils que je ferai venir le malheur sur sa maison. Dieu a vraiment pardonné, mais il ne peut pas effacer les conséquences du mal. Le mal que nous faisons, a toujours des conséquences que le pardon ne peut effacer. Et ces conséquences perturbent notre vie, celle de nos proches et peut avoir des conséquences même sur les générations qui nous suivent, ce que dit le texte.

Prenons l’exemple d’un homme, père de famille qui a la passion des jeux d’argent et qui dans sa folie addictive mise tout ce qu’il a et même ce qu’il n’a pas en empruntant et perd tout. Ça va avoir des conséquences sur lui, il devra travailler 3 fois plus pour rembourser ses dettes. Ça aura des conséquences sur sa famille, peut-être que la maison devra être vendue et que la famille habitera un petit appartement peu confortable. Ça aura des conséquences sur les enfants qui ne pourront pas faire les études qu’ils auraient aimé faire faute de financement possible. Le mal que nous faisons, a toujours des conséquences que le pardon ne peut effacer.

Achab, en étant roi, n’aurait jamais dû se laisser influencer par sa femme, Jézabel qui lui a suggéré d’éliminer Naboth qui contrariait ses projets. Jézabel est gravement fautive mais Achab aussi qui aurait dû lui rappeler la Loi donnée par le Seigneur, cette loi qui, comme le dira le philosophe Kant, est un impératif catégorique, donc indiscutable : Tu ne tueras pas ! Quand un roi chargé de veiller à ce que la loi soit respectée se permet lui-même de la transgresser et de quelle manière, ça laisse forcément des traces ! Il me semble que c’est de cette manière que nous pouvons interpréter les paroles si dures du prophète Elie. Oui, Dieu est amour et miséricorde infinie, mais son amour ne peut pas faire que mon péché n’ait pas de conséquences.

C’est pour cela que ce texte, en apparence complètement dépassé en raison de sa dureté, est en fait d’une grande actualité. Non, ça ne marche pas comme ça ! Le mal que nous commettons a toujours des conséquences, plus ou moins grandes, plus ou moins durables, tout dépend de la gravité du mal commis, mais il a des conséquences. Et, souvent, quand c’est grave, il faudra que la justice des hommes s’empare du problème pour tenter de réparer ce qui peut l’être. Dieu peut vraiment tout pardonner, mais il ne peut pas faire comme si le mal n’avait pas été fait ! 

Je ne dis qu’un mot sur l’Evangile. Il me semble qu’il pourrait être résumé par cette déclaration de Paul : ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien ! Rm 12,21

Que Notre Dame de Laghet nous obtienne cette grâce !

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