De retour dans le temps ordinaire, nous commençons la lecture de la 1° lettre de Pierre. Pour que nous puissions en profiter au mieux, je voudrais dire quelques mots d’introduction générale. Cette lettre n’est pas adressée à l’ensemble de l’Eglise ; aujourd’hui, nous sommes habitués à ce que le Pape s’adresse à tous les catholiques et même plus largement aux hommes de bonne volonté. Cette lettre du 1° Pape, elle est adressée à des communautés particulières en Asie Mineure qui avaient été évangélisées, pour certaines par Paul, mais pour d’autres, par lui-même. Il entretient donc un lien particulier avec ces communautés. Dès le début, il rappellera que les chrétiens ont eu le privilège d’être choisis par Dieu et qu’ils seront toujours comme des étrangers là où ils vivront. Cette double mention n’est pas anodine car les chrétiens vivaient un temps de persécutions. Dans cette situation, ils pourraient connaître une double tentation :
- 1° tentation : Penser qu’être chrétien est plus une difficulté qu’une chance. Non, dit Pierre, vous avez été choisis, on pourrait presque dire : vous avez eu le privilège d’être choisis. Les épreuves que les chrétiens subiront ne sont donc pas le signe qu’ils se sont trompés en embrassant la foi. Ces épreuves, il convient plutôt de les accueillir comme des moyens de fortifier cette foi qui leur a été donnée.
- 2° tentation : Pour ne pas trop se faire repérer et s’attirer des ennuis, vivre comme tout le monde, se conformer à l’air du temps. Non, dit Pierre, où que vous habitiez, même si vous y habitez depuis un certain nombre d’années, vous serez forcément comme des étrangers car vos choix vous démarqueront nécessairement des autres.
Cette lettre est souvent considérée comme une catéchèse baptismale. Elle sera donc destinée à aider les nouveaux baptisés, et les plus anciens par la même occasion, à mieux comprendre ce qu’est le fondement de la foi, quelle immense grâce a été faite à ceux qui ont reçu le Baptême. Ayant mieux compris la grâce reçue au Baptême, les chrétiens devront donc mener une vie en cohérence avec leur foi et c’est ce qu’il veut développer.
Avec ces éléments, nous pouvons aborder la lecture d’aujourd’hui. Pierre a commencé par rappeler le fondement de la foi et, très vite, il donne des repères extrêmement concrets pour ceux qui ne veulent pas être seulement chrétiens de nom, mais qui veulent vivre leur foi : restez sobres, mettez toute votre espérance en Christ, cessez de vous conformer aux convoitises d’autrefois. Pierre pourrait continuer encore longtemps à décliner les attitudes concrètes par lesquelles le Chrétien donnera à voir qu’il veut vivre du Christ, mais il décide d’interrompre l’énumération pour donner la formule de synthèse en reprenant la fameuse parole du Deutéronome dans laquelle Dieu dit sans détour : vous serez saints car moi je suis saint !
Je ne sais pas comment réagissaient les nouveaux baptisés quand ils entendaient cette formule. Ils n’avaient sûrement pas l’esprit déjà déformé, comme nous, pour penser : mission impossible ! Dans les catéchèses pré et post-baptismales qui leur avaient été données, on leur avait sûrement expliqué ce que St Jean-Paul II rappellera dans son très beau message pour l’entrée dans le 3° millénaire : Demander à un catéchumène : « Veux-tu recevoir le Baptême ? signifie lui demander en même temps : Veux-tu devenir saint ? » C’est quoi un chrétien ? C’est un saint ! Comment vit un chrétien ? Comme un saint ! Mais alors immédiatement une autre question se pose : Comment vit un saint ?
Pour le comprendre, il faut revenir à cette parole du Deutéronome qui nous dit que la sainteté c’est ce qui définit le mieux Dieu : vous serez saints car moi je suis saint ! Nous comprenons donc que sainteté et amour sont équivalents : Dieu est saint, Dieu est amour, donc la sainteté, c’est l’amour, l’amour poussé à l’extrême. Bien sûr, chez Dieu, cet amour sera parfait, nous, ce n’est pas à la perfection que le Seigneur nous appelle mais à vivre un amour chaque plus grand. Il y a quelques dizaines d’années, on bénissait des médailles que les fiancés aimaient s’échanger sur lesquelles, il y avait juste le symbole + et le symbole – pour dire : je t’aime plus qu’hier et moins que demain ! Très beau ! Eh bien, voilà la définition de la sainteté vivre dans l’amour à l’égard de Dieu et des autres, un amour plus grand que celui d’hier et moins grand que celui de demain, bref, vivre un amour qui ne cessera de s’accroitre.
Et c’est en cela que les chrétiens seront différents, ils ne choisiront jamais qui ils veulent aimer et ils ne rationneront jamais leur amour puisque leur amour se modèlera sur l’amour de Dieu. Et c’est ainsi qu’on revient au fondement de la lettre : sans la grâce le chrétien ne pourra pas vivre en chrétien !
En écho à cette lettre de Pierre, dans l’Evangile, Jésus va annoncer une extraordinaire bonne nouvelle à tous les chrétiens qui auront dû consentir à de nombreux renoncements pour vivre une sainteté, la plus ajustée possible à la sainteté de Dieu. Amen, je vous le dis : nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, et, dans le monde à venir, la vie éternelle. Merveilleuse promesse puisque Jésus précise bien que c’est déjà en ce temps que le centuple nous sera donné. Aucun placement boursier n’a une telle rentabilité, aucun placement ne rapporte 100 fois la mise ! Il n’y a que ce que nous donnons au Seigneur pour le service des frères qui puisse avoir un tel rapport, une telle fécondité !
Alors, si vous avez été attentifs à la citation que j’ai faite de l’Evangile, vous avez peut-être remarqué que j’ai sauté une promesse de Jésus, celle qui nous intéresse le moins ! Jésus dit qu’avec tous ces bienfaits, il y aura aussi des persécutions ! Si j’ai sauté cette mention, ce n’est pas pour faire une publicité mensongère ! Mais les persécutions, elles ne font évidemment pas partie du « package » que le Seigneur donne à ceux qui se donnent. Les persécutions, c’est ce que le monde inflige à ceux qui refusent de se conformer à son esprit. Les persécutions, elles existent donc bien, aujourd’hui encore, mais on doit les sortir de l’énumération car elles ne viennent pas de la même source, elle ne viennent pas de Dieu, par contre nous savons que le Seigneur nous donnera la force de les affronter.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet demandons que soit renouvelée la grâce de notre Baptême pour vivre toujours plus dans la sainteté et ainsi, pouvoir goûter à ce centuple que le Seigneur promet à ceux qui se donnent.
