14 juin : 11° dimanche ordinaire. Deux par deux pour devenir témoins de la proximité et de la bienveillance du Seigneur.

Voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues, comme des brebis sans berger. C’est avec ces mots que commençait l’Evangile, Jésus voit, Jésus a vu que les foules étaient désemparées et abattues, comme des brebis sans berger. 

Pour comprendre la portée de ces mots, peut-être est-il bon de se replonger dans le contexte de l’époque. A l’époque de Jésus, dans les nations qui entouraient son peuple, il y avait une foultitude de dieux, l’athéisme n’existait pas, c’était plutôt le « trop-plein » de dieux, de démarches religieuses qui caractérisaient l’époque. Mais ces dieux, ils étaient insensibles au sort des hommes, pire, ils utilisaient les hommes comme des larbins pour assouvir leurs désirs désordonnés.

Alors, la révélation du Dieu d’Israël, dans ce ciel de la mythologie, a fait comme un grand boum, opéré une immense révolution. Ce Dieu qui s’est révélé à Abraham, aux patriarches et à Moïse s’est révélé comme un Dieu proche. Quand les hébreux étaient réduits en esclavage en Egypte, Dieu a appelé Moïse en lui disant : J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Oui, je connais ses souffrances. Ex 3,7 Dieu s’est manifesté comme un Dieu proche, qui voit, qui entend, qui connait, qui compatit. Comme c’est beau et comme c’était radicalement nouveau. 

Mais, heureusement, Dieu ne s’est pas contenté de voir, d’entendre, de connaitre, de compatir. Il a appelé Moïse pour être celui qui, en son nom, conduirait ce peuple à la liberté. Par la suite, dans le désert, c’était le texte entendu en 1° lecture, Dieu a demandé à ce peuple qui avait bénéficié de son amour de devenir un peuple qui pourrait témoigner pour le monde entier de sa proximité, de sa bienveillance. Vous avez vu ce que j’ai fait à l’Égypte, comment je vous ai portés comme sur les ailes d’un aigle et vous ai amenés jusqu’à moi. Maintenant donc, si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, vous serez mon domaine particulier. 

Dieu ne choisit pas ce peuple parce qu’il serait le meilleur pour en faire un club de privilégiés. Non ! Ce qu’ils ont expérimenté de Dieu, ils devront en témoigner. Le choix d’Israël qu’on appelle l’élection ne confère aucun privilège à ce peuple mais une responsabilité : témoigner au monde entier de la proximité et de la bienveillance de Dieu. Il serait vraiment bon, pour eux et pour le monde entier, que les dirigeants actuels du pays qui abrite le peuple de la promesse se rappellent cette responsabilité : ils ont été choisis pour témoigner au monde entier de la proximité et de la bienveillance de Dieu.

En digne fils de son Père, Jésus agit de la même manière : tel Père, tel Fils ! Voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues, comme des brebis sans berger. Comme son Père, Jésus est proche et il a le regard aiguisé, il voit ce peuple désemparé, abattu, comme des brebis sans bergers. Alors, comme son Père, Jésus passe à l’action, puisque ce peuple manque de bergers et que c’est l’une des raisons qui explique qu’il soit abattu et désemparé, il va leur donner des bergers et c’est le choix des apôtres.

Mais alors ce choix est tellement déconcertant ! Un certain nombre sont des pêcheurs du lac de Galilée, autant dire que ce sont des personnes sans instruction, ni religieuse ni profane, des gars « brut de décoffrage ». D’autres ont quand même un profil un peu particulier : Mathieu, le collecteur d’impôts était un peu collaborateur, un peu voleur ; Simon le zélote, était un révolutionnaire ; Judas, c’était un gars qui aimait l’argent. On peut le dire ce sont vraiment des pauvres que Jésus appelle, comme Dieu, son Père avait appelé un peuple pauvre pour devenir témoin de sa proximité et de sa bienveillance parmi toutes les nations.

Et il en va encore ainsi aujourd’hui parce que rien n’a changé finalement ! Quand le Seigneur regarde le monde, les hommes, que voit-il ? Il voit qu’il y a encore beaucoup de gens abattus, désemparés, comme des brebis sans berger, c’est-à-dire : prêts à suivre n’importe quel beau parleur, marchand de promesses qu’il se sait incapable de tenir. Parce que Dieu est Dieu, il ne peut pas rester inactif et nous laisser foncer droit dans le mur, alors, il appelle. Mais qui appelle-t-il ?

Vous, moi ! Et nous ne sommes ni meilleurs, ni pires d’ailleurs que les apôtres qui ont été appelés. Mais nous avons envie de dire, Seigneur, tu n’es pas sérieux ! Le défi est tellement grand, qu’il faut que tu choisisses des héros, des sauveurs, moi, je n’ai pas le profil ! Et le Seigneur nous répond ce qu’il a répondu à St Paul, quand St Paul lui faisait un peu la même remarque : ma grâce te suffit, c’est quand tu reconnais ta faiblesse que tu peux laisser agir ma force ! 2 Co 12,9 Oui, là où nous vivons, nous avons à être les témoins de la proximité et de la bienveillance du Seigneur. Nous ne sommes pas des héros, nous n’avons pas le profil d’un sauveur, tant mieux ! Conscients de nos faiblesses, nous resterons branchés sur Lui pour que, dans notre quotidien, nos actes, nos paroles, nos regards soient emprunts de son amour, témoignant ainsi de sa proximité et de sa bienveillance. Le monde ne changera pas par une grande révolution, mais par le rayonnement de tous ceux qui croient en la puissance de l’amour.

Et, dans ce texte qui nous rapportait le choix des apôtres, il y avait un détail que je n’avais encore jamais vu. Avez-vous remarqué que les apôtres sont appelés deux par deux ? Plus tard, ils seront envoyés deux par deux, mais, là, ils sont déjà appelés deux par deux. Il y a d’abord deux doublettes de frères, Pierre et André puis Jacques et Jean. Un peu comme pour nous dire que ce que le Seigneur veut par-dessus tout dans son groupe d’apôtres, c’est la fraternité. Personne ne devra chercher à jouer sa partition en solo en voulant briller individuellement. Ensuite, après ces deux paires de frères, il y a quatre groupes de deux. Les apôtres ne sont pas nommés les uns à la suite des autres, avec des virgules séparant leurs noms, voilà ce que disait le texte : Philippe et Barthélemy ; Thomas et Matthieu le publicain ; Jacques, fils d’Alphée, et Thaddée ; Simon le Zélote et Judas l’Iscariote.

C’est un peu comme si Jésus disait, je te choisis toi, mais je t’adjoins tout de suite quelqu’un d’autre pour compléter ce que toi, tu ne sais pas bien faire. J’ai trouvé cette découverte très belle et je remercie le Saint-Esprit de m’avoir éclairé là-dessus. Ce détail peut nous rassurer et nous stimuler. Nous rassurer parce que ce que, moi, je ne sais pas bien faire, le frère, la sœur que le Seigneur a mis à côté de moi, saura le faire. Et ça doit me stimuler justement en me rappelant que si je dois tenir ma place, je dois aussi laisser de la place aux autres. Oui, c’est rassurant et stimulant ! C’est également vrai pour la vie d’une communauté ou pour la vie de couple mais ça suppose que je laisse l’autre être autre et que je ne cherche pas à le faire ressembler à ce que je voudrais qu’il soit !

Pour que le monde change, par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce de devenir ces témoins de la proximité et de la bienveillance du Seigneur à l’égard de tous les hommes.

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