4 juillet : vendredi 13° semaine temps ordinaire : Jésus aimerait-il plus les canailles que les justes ?

En cette fin de semaine et tout au long de la semaine prochaine, nous restons dans le livre de la Genèse en poursuivant la lecture de l’histoire de ceux qu’on appelle les patriarches, nos pères dans la foi. Abraham nous a accompagnés une dizaine de jours, nous terminons son histoire aujourd’hui, sans aller tout à fait au bout et nous ouvrons celle d’Isaac dont nous ne lirons que deux textes, celui d’aujourd’hui et celui de demain, la semaine prochaine nous plongerons dans l’histoire douloureuse de Jacob et ses fils. Voilà donc ces quelques mots nous permettant de faire un panorama général. 

De la lecture d’aujourd’hui, je ne retiendrai que l’engagement d’Abraham à rester fidèle aux promesses du Seigneur et, dans mon texte, j’ai écrit « promesses » au pluriel car il avait reçu deux grandes promesses, celle d’une terre et celle d’une descendance. Abraham donne des consignes très strictes pour que l’une et l’autre promesse puisse se réaliser à travers Isaac. Elle est belle cette coopération d’Abraham à la volonté de Dieu, elle ressemble, en partie, à celle de Marie, qui a cru à l’accomplissement des promesses du Seigneur. Que tous deux puissent intercéder pour nous afin que nous sachions coopérer de manière active à l’accomplissement des promesses du Seigneur, sans jamais prendre la place du Seigneur, mais sans attendre non plus les bras croisés !

Venons-en à l’Evangile. Je note d’abord la sobriété de ce récit d’appel alors que c’est Matthieu, lui-même, qui raconte ce qui lui est arrivé. Il aurait pu nous partager ses états d’âme, ses hésitations, son étonnement, rien de tout cela. Matthieu a voulu que le projecteur soit braqué sur Jésus. Puissions-nous, nous aussi, quand nous témoignons de l’appel du Seigneur veiller à laisser le projecteur braqué sur Jésus. Nous ne sommes pas forcément obligés d’être aussi bref que Matthieu, il est bon de donner de la chair à notre témoignage mais en faisant très attention de ne pas nous prendre pour le héros principal de l’histoire !

Maintenant, je voudrais m’arrêter sur la conclusion du texte : je ne suis pas venu appeler des justes,

mais des pécheurs. Elle est belle cette parole et, en même temps, si nous ne la comprenons pas bien, elle pourrait générer un malaise. En effet, en lisant l’Evangile, ce texte et bien d’autres, on a parfois l’impression que Jésus tresse plus de lauriers pour les canailles que pour ceux qui essaient d’être vertueux. Et, souvent, nos homélies viennent renforcer cette impression. A force d’entendre Jésus et les prédicateurs chanter les louanges de la femme adultère, de Zachée, des publicains, des pécheurs, certains en viennent à se demander si le chemin le plus court pour attirer le regard bienveillant du Seigneur sur eux, ça ne serait pas de devenir une canaille ! Puisque, dans cette conclusion de l’épisode de l’appel de Matthieu, Jésus dit que les justes ne l’intéressent pas mais que, par contre, il appellera tous les pécheurs, la conclusion à tirer n’est-elle pas : plongeons avec allégresse dans le péché et le Seigneur posera son regard sur nous ! Evidemment, et Dieu soit loué, une telle conclusion serait parfaitement erronée !

Quand Jésus dit : je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. Ce qu’il dit, c’est que tous les hommes sont pécheurs, des hommes et des femmes 100% justes, ça n’existe pas et c’est pour cela qu’il souligne qu’il a bien conscience de ne pouvoir appeler que des pécheurs. Mais avec cette déclaration solennelle, c’est comme s’il rajoutait : et ça ne me dérange pas d’appeler des pécheurs … à condition qu’ils aient conscience d’être des pécheurs. Jésus n’a évidemment rien contre ceux qui cherchent à devenir de plus en plus justes, leurs efforts le touche. Il le manifestera, dans l’Evangile de Marc à cet homme qui vient lui demander comment avoir la vie éternelle. Devant la droiture de sa vie, il est dit que Jésus posa sur lui son regard et l’aima. Dans ce même Evangile de Marc, à un scribe qui lui demande une synthèse de la Loi et que Jésus interroge, il répondra : tu n’es pas loin du Royaume de Dieu parce que, ce scribe, avait résumé la loi dans le double commandement de l’amour. Soyons donc clairs, Jésus aime profondément ceux qui cherchent à devenir justes en fuyant le péché, en enracinant leurs vies dans l’amour, amour de Dieu, amour des frères. 

Dans cette même ligne, jamais Jésus ne louera l’action des canailles ! Ainsi donc, quand il dit : je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs, sa déclaration ne vise pas à encourager le péché, mais à encourager tous les hommes à se reconnaître pécheurs et à croire que cette reconnaissance ne les disqualifie pas aux yeux du Seigneur, au contraire. Ceux que Jésus recale ne sont donc pas les pécheurs mais les hommes qui se croient justes, qui jugent les autres en les classant dans la catégorie des pécheurs et en s’estimant, eux, supérieurs à ces moins que rien. Ce qui est tout à fait l’attitude des pharisiens qui s’indignent : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? » Qu’ils ne s’inquiètent pas, les pharisiens, Jésus ira volontiers manger chez eux s’ils l’invitent et s’ils se reconnaissent pécheurs !

Jésus ne préfère pas les pécheurs au sens où il fermerait les yeux sur leurs péchés, non, jamais il ne fermera les yeux sur le péché des pécheurs dans la mesure où ces pauvres crieront vers lui leur soif de devenir justes, d’être justifiés en reconnaissant qu’ils n’y arriveront jamais par eux-mêmes. Avec ceux qui se croient justes, qui regardent de haut les autres, qui jugent et condamnent, ce n’est pas que Jésus ne veut pas les appeler, c’est qu’il ne peut pas les appeler. Comme le dit le Magnificat, les orgueilleux, les suffisants, ils repartent les mains vides car ils n’ont pas su ouvrir leurs mains et oser reconnaitre que, finalement, elles sont vides.

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons cette grâce de pouvoir reconnaitre notre pauvreté pour répondre joyeusement à l’appel de Jésus qui n’est pas venu appeler des justes, mais des pécheurs !

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