Nous poursuivons la lecture de la lettre de St Jacques, commencée hier, que j’avais présentée de manière générale. La lecture d’aujourd’hui qui n’est pas tout à fait dans la tonalité globale de la lettre nous aide à comprendre pourquoi il était urgent que les Eglises francophones proposent une nouvelle traduction du Notre Père. Vous avez entendu ces paroles qui sont très claires : Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise : « Ma tentation vient de Dieu. » Dieu, en effet, ne peut être tenté de faire le mal, et lui-même ne tente personne. La traduction actuelle qui dit : ne nous laisse pas entrer en tentation est donc bien meilleure !
La suite donnait de bons éléments aussi pour situer d’où viennent les tentations et comment résister et quelles conséquences quand nous cédons : Chacun est tenté par sa propre convoitise qui l’entraîne et le séduit. Puis la convoitise conçoit et enfante le péché, et le péché, arrivé à son terme, engendre la mort. Maintenant comprenons bien ce que veut dire St Jacques quand il écrit : et le péché, arrivé à son terme, engendre la mort. Ça ne signifie évidemment pas que Dieu va faire mourir les pécheurs pour les punir de leurs péchés, si tel était le cas, nous serions tous morts ! Non, Jacques dit avec ses mots à lui, ce que Paul écrira dans la lettre aux Romains : le salaire du péché c’est la mort. Rm 6,23 C’est-à-dire que le péché nous fait mourir à petit feu !
La fin de la lecture venait apporter un heureux complément à cette mise au point de St Jacques sur Dieu qui n’est pas tenté de nous tenter en affirmant que du ciel ne viennent que les dons les meilleurs : Ne vous y trompez pas, mes frères bien-aimés, les présents les meilleurs, les dons parfaits, proviennent tous d’en haut, ils descendent d’auprès du Père des lumières. Et pour que ce soit encore plus clair, Jacques affirme que Dieu ne change jamais : il n’est pas, comme les astres, sujet au mouvement périodique ni aux éclipses. Un théologien dominicain avait écrit un livre au titre suggestif qui résume bien cela : Dieu sans l’idée du mal.
Venons-en à l’Evangile dans lequel Jésus reproche à ses apôtres leur incapacité à tirer une vraie leçon des miracles dont ils ont été témoins. Ils ont participé, en étant aux premières loges, au miracle de la multiplication des pains et voilà, que dans la barque, ils s’inquiètent parce qu’ils ont oublié d’acheter du pain ! C’est à peu près comme si le chauffeur d’un camion livrant du gas-oil s’inquiétait de tomber en panne sèche parce qu’il a oublié de faire le plein avant de partir !
Les apôtres ont vu le miracle, mais ils en sont restés au miracle qui a sûrement renforcé leur admiration pour Jésus mais le miracle ne les a pas fait avancer dans la foi, leur inquiétude en est une preuve caricaturale ! Vous savez ce que dit le proverbe chinois : quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt ! Eh bien, les apôtres jouent un peu le rôle d’idiots, à tel point que Jésus est obligé de le leur faire remarquer par deux fois : Vous ne saisissez pas ? Vous ne comprenez pas encore ? Vous avez le cœur endurci ? Et il dit à la fin du texte : Vous ne comprenez pas encore ?
C’est un peu comme si Jésus leur disait : mais de quoi pouvez-vous manquer d’essentiel quand je suis avec vous ? C’est le même reproche qu’il leur fera au moment de la tempête apaisée. La tempête semble impressionnante, même pour ces pêcheurs habitués aux caprices du lac, mais Jésus est là … d’accord, il dort, mais il est là et ça devrait suffire à les rassurer. Quand Jésus est là, rien de dramatique ne peu m’arriver. Et vous savez que, dans l’Evangile, de manière habituelle, le contraire de la foi n’est pas le doute mais la peur. C’est d’ailleurs ce que Jésus fait remarquer dans le récit de la tempête apaisée : Pourquoi avez-vous peur ? Et il rajoute : Pourquoi manquez-vous de foi ? C’est un peu le même reproche qu’il fait aujourd’hui à ses apôtres : mais enfin, je suis là, ça ne suffit pas à vous rassurer ?
Vous comprenez bien que, tout ça, ce n’est pas qu’une histoire du passé, ce questionnement nous rejoint de manière existentielle aujourd’hui. Ce que je vais dire est un peu dur, mais je me mets dans le lot pour entendre cette parole : nous, ce que nous aimerions finalement, c’est de ne jamais avoir besoin de poser des actes de foi ! Seigneur, il serait tellement plus simple qu’il n’y ait pas de tempête ! Seigneur, il serait tellement plus simple que tu veilles à ce qu’on n’ait jamais rien oublié en montant dans la barque … après tout, tu es le Fils de Dieu, tu sais tout, tu vois tout, donc tu peux te rendre compte qu’on a oublié le pain et nous le faire remarquer avant qu’on embarque !
On aimerait ne jamais traverser des difficultés, des épreuves et on promet à Jésus : si tu m’épargnes tous les problèmes, tu verras comme je vais t’aimer, te louer ! Ce qui revient finalement à dire : ce que j’aimerais, c’est de ne jamais être obligé de poser des actes de foi ! Mais que serait devenue notre foi si n’avions jamais dû poser des actes de foi très forts ? Et quand nous les avons posés, avons-nous eu à le regretter ?
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet demandons la grâce d’une confiance absolue en la bonté du Seigneur qui ne nous laissera jamais manquer de l’essentiel.
