Cette fête de Ste Anne et Joachim, les parents de la Vierge Marie et donc les grands-parents de Jésus nous plonge dans le réalisme de l’Incarnation. Jésus, le Fils de Dieu a eu des parents sur terre et des grands-parents, il n’est pas né « hors sol » comme on dit aujourd’hui mais profondément enraciné dans une histoire humaine comme tous les hommes et il a choisi d’épouser cette histoire.
Oui, il est vraiment beau ce réalisme de l’Incarnation que nous rappelle la fête des grands-parents de Jésus, Sainte Anne et Saint Joachim. Puisque nous sommes invités à explorer ce réalisme de l’Incarnation, allons-y en sachant que dans le domaine, il y a beaucoup d’incertitudes historiques. En effet, les Evangiles ne mentionnent même pas le nom des grands-parents maternels. Pour ce qui concerne le grand-père paternel, les généalogies de Jésus en Matthieu et Luc le mentionnent mais comme leur perspective n’est pas généalogique mais théologique, ça reste encore flou ! Anne et Joachim, nous ne connaissons leurs noms que par les Evangiles apocryphes que l’Eglise a toujours regardés avec beaucoup de prudence. La tradition nous en donnera aussi quelques mentions dans des écrits des Pères de l’Eglise. Nous ne devons donc pas tirer de grandes théories à partir de ces renseignements, mais nous pouvons quand même les recueillir avec reconnaissance puisqu’ils nous permettent de donner un peu plus de chair au réalisme de l’Incarnation.
L’une des traditions concernant les grands-parents maternels de Jésus les situe habitant à Séphoris, une ville qui se trouvait seulement à une demi-heure de marche de Nazareth pour un bon marcheur. Nazareth était un tout petit village sans renommée : que peut-il sortir de bon de ce trou qu’est Nazareth, avait-on coutume de dire ! Par contre Sephoris était la capitale de la Galilée. Les pèlerins qui ont eu la chance d’aller en Terre Sainte et de faire un pèlerinage approfondi se rappellent peut-être leur visite à Séphoris avec ses magnifiques villas ornées de somptueuses mosaïques. Dans ses visites à ses grands-parents qui, eux, vivaient sans doute modestement, Jésus a donc découvert la richesse insolente. Et pourquoi ne pas imaginer que toutes les paroles adressées en forme de sévères avertissements aux personnes riches, Jésus en a trouvé l’inspiration dans ses visites à ses grands-parents, en voyant ces maisons luxueuses ?
Mais, qu’il soit bien clair, Jésus ne condamne jamais les personnes riches, Jésus n’est pas venu condamner mais sauver. Quand il dit « malheur à vous les riches » il ne prononce pas une malédiction, c’est plutôt une lamentation qu’il entonne, c’est le sens de ce petit mot malheureux qu’on répétait quand on allait veiller un mort. En reprenant ce mot qu’il applique aux riches, Jésus regarde ces personnes riches comme déjà presque mortes puisque, enfermées dans leurs richesses. Cet enfermement leur donne un cœur sclérosé, incapable de battre, de vibrer aux besoins de leurs frères, elles sont comme mortes.
Alors qu’en visitant ses grands-parents, Jésus découvrait que la vraie richesse, c’était l’amour, l’amour simple que l’on recevait pour mieux le partager et c’est ce qui fera le fond de sa prédication. De fait, il y a tant de personnes riches qui ne sont pas heureuses car elles ne connaissent pas le bonheur simple d’un amour gratuit. Beaucoup de ces personnes auraient besoin d’une profonde guérison pour comprendre tout le bien qu’elles pourraient faire avec cet argent qu’elles possèdent et dont elles n’ont même pas besoin. J’arrête là parce qu’il ne faut quand même pas trop extrapoler, mais c’est vraiment une piste intéressante que de relire les Evangiles en essayant de repérer les traces du réalisme de l’Incarnation dans les paroles, les rencontres et les gestes de Jésus. C’est peut-être ainsi que nous pouvons comprendre la béatitude que Jésus prononçait dans l’Evangile : « Heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent ! » Heureux ceux qui sont capables de lire les traces de la présence de Dieu au cœur du quotidien, qui perçoivent jusqu’où va le réalisme d’une foi incarnée.
Venons-en à la première lecture que nous avons entendue pour recueillir le message qu’elle nous livre, le chemin de vie qu’elle ouvrent pour nous aujourd’hui. « Quand l’Écriture rend témoignage aux anciens, c’est à cause de leur foi. » C’est la si belle déclaration que nous avons entendue dans la première lecture tirée de la lettre aux Hébreux. Quand je célébrais, comme curé de paroisse, des funérailles, c’était une parole dont j’aimais bien me rappeler. Aujourd’hui, elles sont nombreuses les familles dans lesquelles la foi part à la dérive, alors, ceux qui tiennent, ceux qui restent un repère pour les petits-enfants, curieux de tout, ce sont les grands-parents. « Quand l’Écriture rend témoignage aux anciens, c’est à cause de leur foi. » Du coup, aujourd’hui, dans ce genre de familles, quand les parents n’ont plus rien à transmettre au niveau de la foi, les grands-parents se retrouvent investis d’une mission extraordinairement importante. Ils peuvent être les seuls qui permettront à leurs petits-enfants d’entendre parler de Dieu et non seulement d’entendre parler de Lui, mais aussi d’être mis en contact avec Lui.
Je sais qu’en accomplissant cette mission, certains ont parfois des scrupules en se disant : est-ce que je respecte assez la liberté et le choix de mes enfants qui ne veulent pas leur en parler ? Moi, je crois qu’on a toujours le droit pour ne pas dire le devoir de témoigner de ce qui nous fait vivre. Et quand la foi nous fait vivre, il est impossible de se présenter comme amputé de cette dimension si importante de notre vie devant des petits-enfants. Et, même quand la situation n’est pas aussi compliquée au niveau de la foi dans une famille, la place des grands-parents dans le processus de transmission reste très importante. La parole des parents, parce qu’ils incarnent aussi l’autorité, a parfois du mal à être entendue, reçue, alors que les grands-parents, parce qu’ils incarnent la tendresse, auront forcément une facilité que n’ont pas les parents et dont ils doivent profiter. Evidemment, il ne s’agit pas de fatiguer les petits-enfants mais de témoigner !
Demandons l’intercession de Ste Anne et St Joachim pour tous les grands-parents d’aujourd’hui afin qu’ils deviennent des grands-parents disciples-missionnaires et que Notre Dame de Laghet soutienne leur mission.
