26 mars : 5° dimanche de carême. Tu SAIS ou tu CROIS ?

26 mars 2023 2 Par Père Roger Hébert

La semaine dernière dans mon homélie, j’expliquais aux couples qui étaient venus vivre le week-end Priscille et Aquilla que lorsque Jésus accomplit un miracle, c’est évidemment toujours pour procurer un bienfait à celui qui est bénéficiaire du miracle, mais c’est aussi un signe donné à ceux qui sont là qu’ils auraient, eux-aussi, bien besoin de guérison. C’est ainsi que, dimanche dernier, Jésus a guéri un aveugle de naissance qui a été très content d’être bénéficiaire de ce miracle, mais il a aussi voulu montrer à tous ceux qui l’entouraient qu’ils auraient tous bien besoin d’être guéris de leurs aveuglements. Car, dans le texte, il était assez manifeste que le seul qui voyait clair, c’était Jésus, tous les autres étaient comme des aveugles.

Eh bien cette semaine, c’est encore la même chose, Jésus va ressusciter Lazare et, pour lui, ça a dû être une expérience assez étonnante. Enfin, vous savez que le mot résurrection, n’est pas très adapté car, comme le disent les enfants au caté, Lazare, ensuite, il est re-mort ! Mais en ramenant Lazare à la vie, Jésus a aussi voulu poser un signe pour ceux qui l’entouraient, leur disant qu’en eux, il y avait aussi besoin de résurrection. Cet Evangile est très long, j’ai choisi de nous faire entendre la lecture brève et, dans cette lecture brève, on peut dire que le personnage principal dont on parle le plus, c’est Marthe. Je voudrais donc que nous la suivions à la trace pour voir comment Jésus va lui révéler la nécessité urgente de recevoir une résurrection de sa foi. Marthe n’est pas morte comme son frère Lazare, mais sa foi, si elle n’est pas encore totalement morte est quand même en situation de comas dépassé ! Et il serait bien possible que Jésus ait aussi ressuscité Lazare pour nous dire, à nous aussi, qu’il serait bon de le laisser ressusciter notre foi.

D’abord, j’aime cette mention du début de l’Evangile : Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. D’abord, cette mention nous dit la profonde humanité de Jésus qui aimait aimer, qui aimait l’Amitié. Mais ce que je trouve le plus beau, c’est que Marie n’est pas mentionnée directement : Jésus aimait Marthe et sa sœur. C’est Marthe qui est mentionnée, comme si Jésus voulait bien montrer qu’il aimait Marthe. Il lui avait donné une petite leçon quand il était allé chez eux et qu’elle s’était plainte du comportement de sa sœur qui ne faisait rien. Là, il nous est dit que Jésus aimait Marthe et sa sœur, c’est elle qui est mentionnée, comme si Jésus voulait la rassurer, ce que je t’ai dit ne signifie pas que je préfère Marie. Vous allez me dire, mais l’autre épisode, il n’est pas dans l’Evangile de Jean, mais dans celui de Luc, donc ça ne marche pas ! Si ça marche ! Jean a écrit son Evangile longtemps après les autres, comme pour compléter ce qui manquait. Jean a dû estimer qu’il manquait une vraie marque d’affection de Jésus à l’égard de Marthe et il la mentionne ici. 

D’autant plus que vous aurez remarqué que Marie est toujours assise ! Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. Peut-être que c’est le signe d’une foi plus vive, mais elle sait que ça énerve sa sœur qu’elle reste assise et elle le fait encore ! Alors, pour St Jean, il était important de souligner que Jésus aimait Marthe et bien sûr, sa sœur … mais de ne mentionner que le nom de Marthe. Ça nous encourage : quand nous avons reçu une leçon du Seigneur, il ne nous en aimera que plus ensuite ! Et c’est d’ailleurs parce qu’il nous aime qu’il nous corrige comme le dira la lettre aux Hébreux (12,6). Et c’est donc encore parce que Jésus aime Marthe qu’il veut lui montrer la faiblesse de sa foi qui a bien besoin d’être ressuscitée et la nôtre, sans doute, aussi ! 

Qu’est-ce qui me fait dire cela dans le texte ? C’est tout simplement le fait que Marthe a beaucoup de difficultés à se situer au niveau de la Foi. Marthe, elle sait beaucoup de choses, mais sa foi est très infirme ! Je cite les paroles où elle dit ce qu’elle sait : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. » Vous avez entendu, Marthe SAIT que tout ce que Jésus demandera, il l’obtiendra. Elle SAIT, il n’est pas dit qu’elle croit. Et ça continue : Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. » Marthe SAIT que son frère ressuscitera, il n’est pas dit qu’elle croit … d’ailleurs, au passage, elle se permet de corriger Jésus en lui rappelant que la résurrection, c’est au dernier jour. Elle SAIT que la résurrection ça ne peut pas être pour maintenant.

Alors, on sent comme un agacement de Jésus qui lui dit quelque chose qui pourrait ressembler à ça : ce que tu SAIS m’importe peu, moi, je voudrais t’interroger sur ce que tu CROIS ! Et c’est bien le sens de sa question : Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Et vous avez entendu la réponse de Marthe : Oui, Seigneur, je le crois ! Alors, vous pourriez penser que le miracle a eu lieu, la foi de Marthe est ressuscitée, elle ne dit plus : Je SAIS, mais je CROIS ! Oui, sauf qu’elle répond à côté de la plaque ! Jésus lui a demandé : est-ce tu crois que je suis la résurrection et la vie ? Donc est-ce que tu crois que je peux ressusciter ton frère ? Et elle, elle répond : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. » C’est très beau, mais ce n’est pas le sujet ! Et c’est d’autant plus grave qu’on voit bien que ce qu’elle SAIT l’emprisonne et l’empêche d’accéder à la foi. On lui a appris que la résurrection était au dernier jour, elle le SAIT, elle le rappelle donc à Jésus et du coup, elle n’arrive pas à sortir de ce qu’elle SAIT pour entrer dans la foi.

C’est sans doute cela qui a provoqué ce sentiment d’infinie tristesse chez Jésus, Jean écrit : Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé. Comment cette femme qui fait partie du cercle de ses intimes peut-elle être à ce point enfermée ? Ses certitudes, son savoir sont un tombeau bien plus enfermant que celui dans lequel Lazare se trouve depuis 4 jours ! Jésus va le lui montrer en faisant sortir son frère de son tombeau. Est-ce que Marthe a cru ? Nous n’en savons rien, à chacun d’imaginer la fin de l’histoire, comme on nous le faisait faire à l’école dans nos rédactions. Toutes les fins sont possibles parce que vous aurez remarqué que Marthe a disparu à la fin du texte ! C’est Marie qui est là, on ne sait pas où est Marthe ! Voilà ce que dit le texte : Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui. Beaucoup de juifs se sont mis à croire, Marie, elle croyait déjà et Marthe ? Nous n’en savons rien ! Je vais quand même vous dire comment, moi, j’écrirai la fin de l’histoire : Marthe est partie, non pas parce qu’elle aurait refusé de croire mise face à l’évidence, elle est partie pour pleurer en se disant qu’elle avait été bien stupide en accordant plus d’importance à ce qu’elle savait qu’à ce qu’elle croyait !

Le drame de Marthe, il se rejoue encore aujourd’hui chez tant de personnes qui SAVENT, mais qui ne CROIENT pas encore. Et ce qui intéresse Jésus, ce n’est pas ce que nous savons, tant mieux si nous savons beaucoup de choses, mais à condition que ça ne nous empêche pas de croire ! Jésus ne souhaite pas que nous soyons des personnes qui avalent un Catéchisme de l’Eglise Catholique, des personnes toujours prêtes à corriger les autres et lui avec, comme l’a fait Marthe ! Ce que Jésus attend, c’est que nous soyons des croyants, c’est-à-dire des personnes capables de lui faire confiance. De toutes façons, quand on traverse des épreuves, ce n’est plus ce que l’on sait qui est important, mais ce que l’on croit. Ce qui nous aidera à sortir du trou, du tombeau, c’est la confiance que nous mettrons dans le Seigneur. Je ne veux pas dénigrer le savoir, j’ai beaucoup de livres dans ma bibliothèque et je travaille beaucoup. Mais le savoir peut rendre orgueilleux, suffisant et comme on l’a vu, il peut devenir enfermant, nous rendant incapable de nous ouvrir aux inattendus de la foi. Notre Dieu est le Dieu des surprises, mais pour ceux qui savent, comme il est difficile d’accueillir ces surprises quand elles ne rentrent pas dans les cases de leurs connaissances !

En plus, il y a tellement de choses que nous savons mais qui restent coincées dans notre tête sans descendre dans notre cœur, sans se diffuser dans notre manière de vivre. Nous savons qu’il faut prier, mais ça ne suffit pas de savoir ! Nous savons qu’il faut aimer, mais ça ne suffit pas de savoir !

Nous savons qu’il faut pardonner, mais ça ne suffit pas de savoir ! C’est en raison de tout ce que nous savons que nous chantons comme des déprimés : j’voudrais bien, mais j’peux point ! Non ce qui compte, ce n’est pas de savoir, mais de croire, croire que cette parole de St Augustin que je vous citais ce matin est vraie : Dieu donne ce qu’il ordonne, il ne demande rien sans donner la force de l’accomplir. Est-ce que tu le crois ? Je t’en supplie, ne réponds pas : oui, je SAIS ! Réponds plutôt : Oui, Seigneur je CROIS, je veux CROIRE, viens au secours de la faiblesse de ma Foi !