15 avril : mercredi 2° semaine de Pâques … quand on laisse travailler le St Esprit, la peur change de camp !

A la lecture des derniers mots, c’est quand même étonnant de voir que ceux qui se sont servis de leur pouvoir pour arrêter par deux fois les apôtres sont ceux qui commencent à avoir peur : « Alors, le commandant des gardes du Temple partit avec son escorte pour les ramener, mais sans violence, parce qu’ils avaient peur d’être lapidés par le peuple. » Jusqu’à maintenant, c’était les apôtres qui avaient peur des responsables du peuple juif et qui, du coup, restaient enfermés. Mais c’est trop clair, désormais la peur a changé de camp. Et il faut se rendre compte jusqu’où ça va. Reprenons le fil des événements.

Après une 1° arrestation qui a d-suivi la guérison du boiteux de la belle porte, les apôtres ont à nouveau été arrêtés. Et voilà que Dieu, par l’intermédiaire de son ange, les délivre miraculeusement, toutefois, il leur donne un ordre : « Partez, tenez-vous dans le Temple et là, dites au peuple toutes ces paroles de vie. » Ils auraient pu dire : « Attends, on vient juste de se faire arrêter, en plus, ils vont considérer qu’on s’est évadé, le mieux serait peut-être qu’on se fasse oublier un moment ! » Eh bien, pas du tout ! Le texte nous dit : « Ils l’écoutèrent ; dès l’aurore, ils entrèrent dans le Temple, et là, ils enseignaient. » Quelle audace !

Par contre, ceux qui ont le pouvoir, les armes et tout et tout, on voit bien que, désormais, ce sont eux qui ont peur ! La peur a vraiment changé de camp. Evidemment, c’est un coup du St Esprit ! Parce que même si nous lisons ces textes après Pâques, ils nous racontent, en fait, ce qui s’est passé après la Pentecôte quand les apôtres, grâce au don du St Esprit, ont enfin permis à la puissance du Ressuscité de donner sa pleine mesure en eux. Du coup, je pense qu’à chaque fois que nous nous laissons gagner par la peur, c’est le signe que nous avons lâché le St Esprit. En effet, si nous nous laissons envahir par la peur, c’est parce que nous pensons : je ne vais pas y arriver ! C’est vrai que, souvent, ce qui nous est demandé nous dépasse totalement, mais, les apôtres étaient, eux aussi, largement dépassés et le Saint-Esprit s’est débrouillé pour les rendre capables, de la même manière, il se débrouillera de nous rendre capables.

Venons-en à l’Evangile qui est toujours tiré du dialogue entre Jésus et Nicodème. Toutes ces paroles, nous les connaissons bien, mais comme il nous est bon de les réentendre régulièrement : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. »

Vous connaissez le fameux dicton : si tu veux apprendre l’anglais à John, bien sûr, il faut que tu connaisses l’anglais, c’est le minimum, mais il faut aussi que tu connaisses John. Mais peut-être faut-il aller encore plus loin que le dicton : si tu veux apprendre l’anglais à John, il faut non seulement que tu connaisses l’anglais et John, mais il faut aussi que tu aimes l’anglais et John. Eh bien, c’est également vrai dans l’évangélisation, et, de ce point de vue, nous devons nous mettre à l’école de Dieu lui-même puisqu’il nous est dit qu’il a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. Rien de fécond ne peut se faire sans amour de ceux auprès de qui nous sommes envoyés. Attention, aimer, ça ne veut pas dire devenir gâteux et tout accepter

Sur l’importance de l’amour dans l’évangélisation, j’aime bien reprendre cette histoire qui concerne le curé d’Ars. Le prêtre qui l’avait précédé à Ars était un ancien chartreux. On a retrouvé un rapport de ce prêtre car, à l’époque, les prêtres envoyaient régulièrement des rapports à l’évêque pour rendre compte de leur ministère donner des statistiques et ces rapports se terminaient toujours par une appréciation du prêtre. Voilà ce qu’avait dit son prédécesseur : « Il n’y a guère que le sacrement de Baptême qui distingue mes paroissiens des bêtes qu’ils gardent dans les champs ! » Quand on pose un regard aussi négatif sur les gens, on ne pourra jamais rien faire de bon ! Il était temps qu’il parte et qu’arrive ce pasteur plein d’amour qu’était le curé d’Ars.

Au soir de sa vie, regardant son cimetière, il fera cette confidence : « mon cimetière est ensemencé de saints ! » Vous entendez la différence ? Le prédécesseur « Il n’y a guère que le sacrement de Baptême qui distingue mes paroissiens des bêtes qu’ils gardent dans les champs ! » 

Et le curé d’Ars : « mon cimetière est ensemencé de saints ! » Qu’est-ce qui s’est passé ? La population n’a pas changé, ces deux prêtres parlent bien des mêmes personnes, alors qu’est-ce qui s’est passé ? Pour le comprendre, il faut se rappeler que lorsque le vicaire général avait nommé Jean-Marie Vianney, il lui avait dit : il n’y a pas beaucoup d’amour du Bon Dieu, vous en mettrez ! Le curé d’Ars a fait de cette parole sa feuille de route et c’est ainsi que, peu à peu, à force de se donner, tout a changé dans cette paroisse.

Retenons bien cela et faisons attention à notre manière de parler du monde … oui, il y a des problèmes, bien sûr, nous ne pouvons pas tout bénir. Mais si nous n’aimons pas ceux que nous voulons évangéliser, si nous portons sur eux un regard toujours négatif et enfermant, il ne se passera jamais rien ! Rappelons-nous toujours que c’est par Celui qui a tellement aimé le monde que nous aussi, nous sommes envoyés. Alors, demandons, par l’intercession de Notre Dame de Laghet d’être à la hauteur ! 

Cet article a 2 commentaires

  1. Laurence

    Vos homelies sont très belles car souvent vous devancez le « oui mais… » qu’on n’aurait envie de vous opposer. A chaque envie d’intervention on peut se dire :  » attends…il va sûrement y venir.. » et ca ne manque pas. Ca suscite d’autres interventions … mais avec nous mêmes…Bravo !

    1. Père Roger Hébert

      Merci pour vos encouragements !

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