L’histoire d’Esaü et Jacob, que nous venons d’entendre et sur laquelle je voudrais m’arrêter, aurait pu ne jamais avoir lieu puisque Rebecca, la femme d’Isaac était stérile comme Sarah, sa belle-mère. Un texte de la Genèse que nous n’avons pas lu, nous dit qu’Isaac avait beaucoup imploré le Seigneur pour que Rebecca puisse concevoir. Et on comprend qu’Isaac ait imploré le Seigneur puisque c’était l’accomplissement de la promesse faite à Abraham, son père, d’une descendance aussi nombreuse que les étoiles qui se trouvait à nouveau compromise. Quand Dieu promet, il tient promesse, mais je l’ai déjà souvent souligné, sa manière de gérer le temps pour l’accomplissement de ses promesses, est très particulière et met la confiance à rude épreuve.
Voilà donc la promesse, enfin accomplie, mais ça ne veut pas dire que tout va être merveilleux parce que le récit précise vite qu’il y a un vrai problème après la naissance de ces jumeaux qu’étaient Esaü et Jacob. En effet, il est dit qu’Isaac préférait Ésaü, car il appréciait le gibier, mais Rébecca préférait Jacob. Gn 25,28 Ça va être compliqué entre ces deux jumeaux, mais j’ai envie de dire qu’ils ont des circonstances atténuantes puisque leurs parents, Isaac et Rebecca faisaient des préférences et ça, c’est terrible ! C’est vrai que ces jumeaux étaient très différents, mais de là à faire des préférences, non, ce n’est pas acceptable. Du coup ce texte, comme ceux que nous lirons la semaine prochaine avec la sordide histoire de Joseph vendu par ses frères pose la question de la fraternité, des conditions de possibilité pour que la fraternité soit possible. Aujourd’hui, nous comprenons déjà qu’il n’y aura jamais de fraternité possible quand les différences sont interprétées en termes de supériorité ou d’infériorité. Les différences doivent apprendre à se conjuguer pour ouvrir un espace fécond à la fraternité. Le texte va encore plus loin !
Jacob, poussé par sa mère va exploiter la faiblesse de son père, Isaac, devenu vieux. Ils ont entendu Isaac dire à Esaü : Prépare-moi un bon plat comme je les aime et apporte-le-moi pour que je mange, et que je te bénisse avant de mourir. Cet aveu de faiblesse extrême leur fait dire que c’est le bon moment pour que Jacob puisse supplanter Esaü et lui voler cette bénédiction qui ferait de lui l’héritier principal de la fratrie. Et c’est ainsi que Rebecca met en œuvre un stratagème épouvantable, profitant de la faiblesse et du handicap de son mari devenu aveugle pour pousser en avant son chouchou. Et ça va très bien marcher, Jacob va supplanter son frère en recevant la bénédiction de son père.
Le récit s’est arrêté là dans la lecture, mais l’histoire n’est pas finie, on s’en doute bien ! Quand Esaü découvre qu’il s’est fait avoir, il décide de tuer son frère, ce qui va obliger Jacob à un long exil. Si vous avez un peu de temps cet été, je vous invite à relire ces textes qui sont passionnants. Alors vous pourriez me dire qu’ils sont peut-être passionnants mais pas très conformes à la morale puisque c’est le trompeur qui l’emporte … d’ailleurs, en hébreu, le nom Jacob signifie le Trompeur ! Et peut-être vous demandez-vous pourquoi la Bible est pleine de ces récits tordus, qui finissent par donner raison à ceux qui refusent d’ouvrir le 1° Testament ne disant que c’est glauque et qu’il n’y a pas d’amour et que, donc, il vaut mieux se cantonner au Nouveau Testament, 0 jésus et à tout ce qu’il dit sur l’amour.
D’abord, tout n’est pas glauque dans le 1° Testament, mais c’est vrai qu’il y a ces récits glauques et, je le redis, ceux de la semaine prochaine vont être très gratinés ! Alors, pourquoi sont-ils dans la Bible ? Tout simplement parce que l’histoire des hommes est faite aussi de ces moments glauques où la fraternité est mise à mal et ce n’était pas seulement dans ces temps reculés, il suffit de regarder les informations pour se rendre compte que ça continue encore aujourd’hui. Et qu’aujourd’hui la haine qui tue la fraternité se développe encore plus rapidement à cause des terribles fake-news qu’hélas, des personnes qui se disent chrétiennes répandent très facilement, faisant ainsi les affaires du diable qui, depuis le début veut tuer la fraternité puisqu’il n’a jamais accepté de plier le genou devant la paternité divine.
Ces textes sont donc là pour nous dire : attention ! Nul n’est à l’abri de pensées et, pire, de comportements fratricides. Et construire une société de frères, ce n’est pas matière à option, ce n’est pas pour ceux qui auraient des idées politiques d’un certain bord. En nous invitant à prier Dieu en l’appelant, Père, Jésus nous a révélé que la fraternité, c’était le projet de Dieu, le rêve de Dieu qui se retrouve donc profondément attristé quand il voit que ceux qu’il a créés pour vivre en frères, comme Esaü et Jacob continuent à utiliser les pires stratagèmes pour se dominer et même s’éliminer. La semaine prochaine nous découvrirons qu’avec un tel père, il ne sera pas étonnant que les enfants de Jaco aient eu un comportement si épouvantable à l’égard de leurs frères Joseph. Tout se joue dans l’éducation et des enfants qui entendent, en famille, des propos qui tuent la fraternité, ne pourront qu’avoir des comportements très gravement déviants, sauf rares exceptions.
Du coup, il est essentiel d’entendre l’appel de Jésus dans l’Evangile qui, à travers deux images simples et parlantes, nous appelle à un renouvellement profond de notre cœur. En effet, dans un autre texte, il dira que c’est du cœur mauvais de l’homme mauvais que sortent les mauvaises pensées, les mauvaises paroles et les mauvaises actions.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet demandons un renouvellement profond de notre cœur pour donner une chance à la fraternité et réaliser ainsi le grand rêve de Dieu quand il a créé le monde.
