Tout au long du temps pascal, nous lirons, dans la première lecture, un extrait du livre des Actes des Apôtres. L’octave de Pâques nous est donnée pour que nous prenions le temps de déballer et nous approprier cet énorme cadeau que constitue la résurrection de Jésus. Les apôtres, eux, il leur faudra beaucoup plus de temps pour faire ce chemin spirituel. Il leur aura fallu exactement 50 jours et surtout le don du St Esprit pour que, enfin, tout s’éclaire, tout prenne sens.
Aujourd’hui, nous voyons Marie-Madeleine, près du tombeau, c’est la suite de l’Evangile de dimanche dans lequel Marie-Madeleine n’avait vu que le tombeau vide sans voir Jésus, lui-même. Elle est, en larmes, au bord du tombeau qu’elle sait être vide. Il faut beaucoup aimer pour beaucoup pleurer. Elle n’a pas dû avoir beaucoup de répit depuis vendredi, ses larmes ont été ses plus fidèles compagnes. D’ailleurs, je souligne encore un autre détail qui nous montre cet amour extraordinaire de Marie-Madeleine à l’égard de Jésus : elle a la chance de voir 2 anges, ce n’est quand même pas rien de voir deux anges ! Vous en voyez tous les jours, vous, des anges ? Je m’excuse, mais, elle, elle s’en fiche des anges, c’est Jésus qu’elle veut !
Alors, après, quand elle voit cet homme elle le prend pour le jardinier, du coup, elle n’hésite pas une seule seconde : « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as déposé, et moi, j’irai le prendre. » Vous avez entendu : « j’irai le prendre », elle ne doute de rien ! Comment une femme pourrait-elle, toute seule, porter un cadavre inerte ? Il n’y a rien de plus lourd qu’un corps inerte. Mais elle ne doute de rien parce qu’elle sait que l’amour lui donnera des ailes, donc décuplera ses forces. Elle en est tellement persuadée qu’elle est déjà partie pour ne pas perdre une seconde ! Il ne lui a rien dit, elle ne sait pas dans quelle direction chercher, mais elle est déjà partie, elle ne tient plus en place ! En effet, nous l’avons entendu, quand il commence à parler, elle se retourne, signe qu’elle était déjà partie !
Et alors, c’est merveilleux, elle entend son prénom qui est prononcé avec une intonation qui ne laisse aucun doute, Jésus seul savait prononcer son nom avec cette intonation ! Elle avait déjà dû être étonnée de s’entendre appelée « femme » parce que ce mot de « femme » n’était pas une appellation froide, anonyme. « Femme » c’est le si beau nom disant la dignité de l’être féminin dans le livre de la Genèse, c’est tellement vrai que c’est avec ce mot que Jésus appellera souvent sa mère. C’est sûr qu’à part Jésus, il n’y a pas eu beaucoup d’hommes qui avaient dû appeler Marie-Madeleine par ce mot si beau de « Femme. » Les hommes devaient lui donner un tas d’autres noms beaucoup moins glorieux en raison de son statut de pécheresse, connu de tous ! Alors, de s’entendre appelée « femme » ça avait déjà éveillé son attention, mais, quand, ensuite, elle s’entend appelée « Marie », alors elle comprend. Et sa réponse ne se fait pas attendre : « Rabbouni ! » Cette réponse remplie d’affection ne manque d’aucun respect. Rabbi, en hébreu, c’est maître, c’est avec ce nom respectueux que Marie-Madeleine a choisi de s’adresser à Jésus, mais, pour autant, elle ne lui dit pas rabbi, elle dit « Rabbouni »en y mettant toute son affection. Je suis persuadé que la familiarité de Marie-Madeleine ne choque absolument pas Jésus, ce qui le chagrine, ce sont plutôt nos relations trop guindées, trop distantes, trop convenues avec lui !
Il n’y a aucun manque de respect de la part de Marie-Madeleine, la preuve, c’est qu’elle ne se jette pas à son cou mais à ses pieds ! Comme j’aime le dire en faisant un clin d’œil aux apparitions de Paray-le-Monial, elle se jette à ses pieds qui ont tant aimé le monde ! Je crois qu’on peut parler de ses sacrés pieds, comme on parle de son sacré-cœur ! Avec ses pieds, Jésus a fait tant de kilomètres pour aller chercher et sauver ceux qui étaient perdus et Marie-Madeleine en a fait partie de ces personnes perdues qu’il est allé chercher d’abord avec ses pieds.
Ainsi donc, quand Jésus lui dit : « Ne me retiens pas, » je ne pense pas un seul instant que Jésus la repousse. Il veut juste lui signifier que, désormais, ce n’est plus à elle de s’occuper de lui, comme elle l’avait fait chez Simon, maintenant, c’est lui qui va s’occuper d’elle et de tous les hommes, car sa résurrection puis son ascension qu’il évoque, lui permettront d’être présent à tous et à chacun, en même temps, ce qu’il ne pouvait pas faire dans sa vie terrestre.
Jésus ne lui interdit pas la relation avec lui, mais il commence à l’initier à un autre mode de relation qui sera encore bien plus grand. Et, surtout il lui confie une mission inouïe : devenir l’apôtre des apôtres ! C’est cette pécheresse pardonnée que Jésus choisit pour l’envoyer vers ses apôtres qui, eux, sont toujours, dans le moment, des pécheurs en attente de pardon. Ainsi, Jésus voulait signifier que l’évangélisation la plus féconde sera toujours réalisée, non par des témoins impeccables, tentés par l’orgueil et l’auto-suffisance, mais par des pécheurs pardonnés laissant déborder cet amour qu’ils ont reçu sans aucun mérite et qu’ils veulent propager.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce d’être de ces évangélisateurs au cœur ardent parce que ceux à qui on pardonne beaucoup montrent beaucoup d’amour.
