21 juillet : mardi 16° semaine ordinaire. Seigneur, ça ne peut plus durer, sois le pasteur de ton peuple !

Quand Dieu parle, il veut s’adresser à tous les hommes pour toucher leur cœur.  La Parole de Dieu, inspirée par le Saint-Esprit, s’adresse donc à tous pas seulement à ceux qui ont étudié l’hébreu et le grec et qui sont donc capables de lire dans la langue où les textes ont été écrits. La Parole s’adresse aussi aux gens simples. L’Ecriture, elle-même le dit, par exemple dans le psaume 118 au verset 130 : Déchiffrer ta parole illumine le cœur et les simples comprennent. Jésus ira même plus loin, osant dire que certaines choses ne sont pas accessibles aux sages et aux savants par contre, elles le sont aux petits : Père, Seigneur du ciel et de la terre, je te bénis d’avoir caché cela aux sages et aux savants et de l’avoir révélé aux tout-petits. Lc 10,21. Oui, c’est bien vrai et nous le vérifions quand nous vivons des temps de partage de la Parole, de Lectio Divina, les petits sont capables d’offrir aux autres de véritables perles !

Ceci dit, il n’y a aucune dévalorisation des sages, des savants, s’ils demandent la grâce de garder un cœur de petit, alors leur science pourra aussi illuminer la compréhension de la Parole de Dieu. Les prêtres, les prédicateurs ne sont pas forcément des savants, mais c’est vrai qu’ils ont eu la chance de faire des études au séminaire qui leur permettent d’avoir quelques clés d’interprétation des textes. Alors, dans les homélies notamment, il nous est demandé de mettre à la disposition de tous, et de manière simple, les connaissances que nous avons eu la chance d’acquérir dans nos études pour que la Parole soit toujours plus parlante et c’est pour cela que l’un des premiers devoirs d’un prêtre est de travailler ses homélies et de toujours travailler pour que ses homélies ne deviennent pas répétitives. Priez pour nous afin que nous ayons cette détermination.

J’ai fait cette longue introduction pour justifier le fait que je vous propose un détour par l’histoire pour comprendre la 1° Lecture, détour par l’histoire que je fais régulièrement. Le prophète Michée va exercer son ministère Michée vers 740-700 av. J.-C., ce qui le rend contemporain du prophète Isaïe, enfin la 1° Isaïe, mais leurs prédications seront très différentes. Ce qui marque cette époque, c’est la montée en puissance de l’Empire assyrien, qui domine progressivement tout le Proche-Orient et qui avalera autour des années 720, le Royaume du Nord, le Royaume du Nord qui avait pris son indépendance deux siècles plus tôt. On imagine bien que, dans ce contexte, le petit Royaume du Sud, Royaume de Juda avec Jérusalem comme capitale ne vivait pas très tranquille. Un peu comme aujourd’hui, les pays limitrophes de la Russie vivent très inquièts devant ses visées expansionnistes. C’est dans ce même contexte, générateur d’angoisse, que va prophétiser Michée. 

On comprend qu’il aura une prédication vigoureuse pour interpeler le roi et le peuple. Il leur dira que les mêmes causes produisent les mêmes effets ; c’est-à-dire que, si le Royaume ne veut pas être englouti à son tour, il ne faudra pas commettre les mêmes erreurs en cherchant des alliances avec les puissants. En effet, les puissants ont rarement souci de protéger les faibles, ils cherchent plus souvent à les avaler ! C’est donc la fidélité au Seigneur qui fera tenir et pas des alliances politiques hasardeuses. Isaïe avait résumé cela de manière magnifique dans cette formule choc : si vous ne tenez pas à moi, vous ne tiendrez pas ! Is 7,9

Et c’est ainsi que j’en viens à la 1° lecture dans laquelle il y a cette très belle supplication du prophète : Seigneur, avec ta houlette, sois le pasteur de ton peuple, du troupeau qui t’appartient,

qui demeure isolé dans le maquis. La houlette, vous le savez, c’est le bâton du berger, c’est sa forme qui sera à l’origine de la forme de la crosse des évêques. Michée comprend que le Royaume, son roi et son peuple risquent de ne pas faire les bons choix devant les dangers qui menacent. On le dit souvent : la peur est très mauvaise conseillère ! Alors, il supplie le Seigneur : prends les affaires en main ! Sois toi-même notre berger parce que ceux qui nous conduisent risquent bien de nous conduire à la catastrophe. Quelle belle prière et l’actualité de cette prière saute aux yeux ! Oui, nous pouvons être inquiets en constatant la direction vers laquelle nous entrainent les dirigeants du monde. C’est tellement inquiétant qu’on voit aujourd’hui des jeunes couples hésiter à avoir des enfants et parfois même, par peur de l’avenir, refuser d’en avoir.

Nous aussi, nous pouvons prier : Seigneur, avec ta houlette, sois le pasteur de ton peuple, du troupeau qui t’appartient. Mais qu’est-ce que ça signifie concrètement ? Chez certains, cela devrait se traduire par le retour de grands partis politiques chrétiens qui chasseraient les impies, reprendraient le pouvoir et gouverneraient le monde. Ils rêvent donc d’une Eglise plus offensive qui tirerait, en sous-main, les ficelles, faisant la promotion de ses candidats. Le pape Benoit XVI, qui n’étaient pas un progressiste, a montré les grands dangers de cette perspective et il a expliqué que les moments de l’histoire où l’Eglise s’est acoquiné à des partis politiques, des hommes politiques n’ont pas été des moments très glorieux et ont souvent conduit à la catastrophe. C’est pour cela que, dans Deus caritas est, il affirmera avec force : « La mission de l’Église est la formation des consciences. » n°28. 

Finalement, c’est cela le sens profond de la prière de Michée : Seigneur, sois le pasteur de ton peuple, ce qui revient à dire : viens régner dans tous les cœurs. Que tous les cœurs soient tellement habités par ta présence, désireux d’accomplir ta volonté d’amour que toutes les décisions qui seront prises, peu importe ceux qui sont au pouvoir, seront des décisions qui construisent un monde d’amour, permettant aux hommes de vivre en frères sur l’ensemble de la planète. Voilà ce que nous devons demander au Seigneur, voilà ce dont nous devons nous faire les chantres. Et, bien sûr, il nous faudra être cohérents en commençant par laisser le Seigneur régner en nous pour que nos décisions, nos paroles, nos regards soient emplis d’amour. 

Finalement, c’est ainsi que nous serons vraiment unis à Jésus, c’est ce qu’il nous dit dans l’Evangile en nous invitant à faire la volonté du Père, sa volonté d’amour. En cherchant à accomplir en toutes choses cette volonté, nous lui deviendrons tellement proches que nous vivrons dans la joie d’être membres de sa famille la plus proche, comme sa mère, ses frères. Que Notre Dame de Laghet nous obtienne cette grâce.

Laisser un commentaire