18 mars : mercredi 4° semaine de carême. Dieu n’est pas oublieux … enfin il oublie ce qui doit l’être et se rappelle de l’essentiel !

Qu’elle était belle cette 1° lecture, il y aurait beaucoup à commenter mais je me contenterai de souligner cette caractéristique de Dieu qui nous est présenté comme celui qui n’oublie pas. Et l’image de la maman qui ne peut oublier venait donner tout son poids à cette affirmation, renforcée par la déclaration : si une maman pouvait oublier son enfant, moi je ne t’oublierai pas ! Que c’est consolant de savoir que Dieu n’oublie pas … enfin il n’oublie pas ce qu’il ne doit pas oublier et il oublie ce qu’il convient d’oublier ! C’est-à-dire que c’est à peu près l’inverse de nous ! Nous, nous n’oublions pas ce qu’il faudrait pouvoir oublier, par contre, nous oublions trop souvent ce qu’il ne faudrait pas oublier ! 

C’est ainsi qu’il nous arrive d’oublier de passer un coup de fil à quelqu’un qui en aurait pourtant bien besoin, d’oublier de prendre des nouvelles de la santé d’une personne qui s’est pourtant confiée à notre prière. Et, hélas, il nous arrive aussi, d’oublier tout ce que le Seigneur a fait pour nous depuis tant d’années ! Il suffit que nous traversions une difficulté pour emboucher la même trompette que les croyants de Jérusalem dont la plainte nous est rapportée dans la 1° lecture : « Le Seigneur m’a abandonné, mon Seigneur m’a oublié ! » Mon Dieu qu’il faut être « oublieux » pour prononcer de telles paroles ! Il faut avoir complètement oublié toutes ces marques de l’amour prévenant de Dieu à notre égard, un amour qui ne cesse de nous accompagner même si nous n’en avons pas toujours conscience.

Car c’est le propre de l’amour prévenant que de rester discret. Avant de gémir en pensant ou disant : « Le Seigneur m’a abandonné, mon Seigneur m’a oublié » il nous faut demander au Saint-Esprit de raviver notre mémoire spirituelle pour que nous puissions nous rappeler toutes les marques de son amour prévenant dans notre vie et demander la grâce de ne pas devenir « oublieux » !

Je disais en commençant que nous fonctionnons à l’inverse de Dieu. Lui, il n’oublie jamais l’essentiel et l’essentiel c’est nous, chacun de nous : « Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas. » Dieu n’oublie jamais l’essentiel ; en revanche notre péché, il s’empresse de l’oublier et le curé d’Ars disait dans une très belle formule, quand même assez étonnante, que Dieu oubliait même notre avenir pour mieux nous pardonner dans le présent. 

Oui, Dieu oublie notre avenir, c’est-à-dire qu’il oublie que nous allons recommencer, que nous pécherons encore, il l’oublie pour mieux nous offrir son pardon quand nous revenons à lui. Mais nous, nous fonctionnons à l’inverse : nous oublions l’essentiel, nous souffrons d’un manque de mémoire spirituelle ; toutefois, l’offense que quelqu’un nous a fait, il y a un certain temps, elle reste bien gravée dans notre mémoire ! Ne dit-on pas que la vengeance est un plat qui se mange froid ? Seigneur, nous t’en supplions, refaçonne-nous une mémoire à l’image de ta mémoire, que nous puissions oublier ce qui doit l’être et que nous ne devenions pas oublieux de l’essentiel !

Dans l’Evangile que nous avons entendu, j’ai choisi de m’arrêter sur cette affirmation de Jésus qui dit : « Mon Père est toujours à l’œuvre, et moi aussi, je suis à l’œuvre. » Ici, au sanctuaire, nous sommes témoins du travail du Seigneur, toujours à l’œuvre, et qui sait rejoindre chacun de manière si étonnante pour le faire sortir de son tombeau. C’est une grande grâce de pouvoir être le témoin de toutes ces résurrections spirituelles. 

Pour comprendre la portée de cette parole, il faut aussi nous rappeler que ce texte fait immédiatement suite à celui d’hier dans lequel Jésus guérissait un homme paralysé sachant que cette guérison, il l’avait faite le jour du sabbat, ce qui lui vaudra bien des reproches de la part des gardiens de la stricte observance de la Loi. En disant : « Mon Père est toujours à l’œuvre, et moi aussi, je suis à l’œuvre » c’est un peu comme si Jésus disait : avec le Père, nous sommes tous les deux des bosseurs et rien ni personne ne nous empêchera de travailler à faire le bien et de travailler tous les jours et de travailler à chaque instant d’une journée pour faire du bien. 

Du coup, nous comprenons qu’avec ces paroles Jésus dit à ceux qui le critiquent : et vous, plutôt que de me critiquer, vous seriez bien inspirés d’en faire autant ! Car si le sabbat interdit toute forme de travail, il n’interdit pas de faire du bien !

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce de devenir toujours plus les filles et les fils de ce Père qui est toujours au travail pour distribuer son amour bienfaisant à ceux qui en ont besoin. Demandons-lui aussi la grâce d’avoir une mémoire à l’image de sa mémoire.

Laisser un commentaire