J’aime bien dire que lorsque quelqu’un est super-bon en sport, on dit de lui qu’il est un sacré champion. Un enfant particulièrement espiègle, on dira de lui que c’est un sacré numéro. Une personne qui fait divinement bien à manger, on dire que c’est un sacré cuisinier ou une sacrée cuisinière ! Eh bien moi, c’est dans cette ligne d’interprétation que je comprends les mots qui désignent cette fête : Sacré Cœur. Pour moi, le Sacré Cœur de Jésus, ce n’est pas un cœur avec 1000 auréoles qui le rendraient totalement inaccessible, non ! Parler du Sacré Cœur, c’est dire de Jésus ce qu’on dit de quelqu’un qui a tellement de talents : il est un « sacré » champion. Oui, Jésus est champion de l’amour toutes catégories, détenant des records qu’il a pulvérisés.
Il me semble que c’est ainsi qu’on peut comprendre les lectures d’aujourd’hui qui parlent finalement d’un excès d’amour. Mille générations seront bénies pour une seule personne qui aime le Seigneur nous disait la 1° lecture. Si ce n’est pas de l’excès, ça, alors je n’y comprends plus rien ! Et dans la 2° lecture qui ne comportait que 9 versets, il y a 16 fois le mot amour ! Les épreuves de français au bac ont commencé, si un jeune s’amusait à mettre16 fois dans sa copie le même mot et cela en 9 lignes, il n’aurait pas une bonne note ! Oui, St Jean a écrit cette lettre pour nous parler de l’excès d’amour du Seigneur à notre égard.
Et dans l’Evangile, cet excès d’amour je le vois encore souligné dans les deux paragraphes que comporte ce texte.
- La 1° partie de l’Evangile parle de l’excès d’amour du Seigneur à l’égard des petits. « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. » Combien de fois j’ai pu vérifier dans mon ministère que c’était vrai, le Seigneur déversait des flots d’amour sur les petits et ça leur donnait une vie de foi bien plus juste que celle que pouvait avoir de grands théologiens. Je l’ai vérifié dans mon ministère d’aumônier de prison, mais aussi auprès de personnes fragilisées par la grande pauvreté ou le handicap. Et je pourrais vous raconter beaucoup d’histoires à ce sujet, elles émaillent souvent mes enseignements dans les retraites que je prêche.
A chaque fois que nous nous reconnaitrons suffisamment pauvre et petit, le Saint Esprit pourra opérer des merveilles en nos cœurs, il pourra nous remplir de cet excès d’Amour qui nous donnera de vivre de manière de plus en plus juste notre Foi en nous permettant aussi d’aimer les autres, tous les autres, de cet excès d’amour que nous recevons.
- La 2° partie de l’Evangile parle encore de cet excès d’amour avec une image qui a profondément touché mon cœur à un moment où j’étais à la peine dans mon ministère. Je peux témoigner que le Seigneur m’a fait cette grâce de ne jamais regretter, même l’espace d’une seule seconde, de lui avoir donné ma vie en devenant prêtre. Mais il y a eu un moment où, sans doute à cause d’une trop grande activité, je me suis contenté d’une vie spirituelle médiocre. Conséquence : je perdais ma joie. Je ne regrettais rien de mon choix de vie, mais je me mettais à exercer mon ministère sans passion comme une fonction … évidemment, dans ces conditions, il n’y a plus beaucoup de fécondité dans ce que nous entreprenons. Je perdais ma joie et devenais de plus en plus fatigué.
- Alors, je peux vous dire que j’écoutais avec envie l’invitation de Jésus entendue dans l’Evangile : « Venez à moi, vous tous qui n’en pouvez plus, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. »
Mais la suite m’interrogeait beaucoup : comment le fait de prendre un joug pourrait me soulager ? Vous savez le joug, c’est une très lourde pièce de bois qui permettait d’atteler deux vaches ou mieux deux bœufs pour qu’ils tirent ensemble.
Et un jour, l’Esprit-Saint m’a éclairé. J’ai compris que Jésus me présentait ce joug pour me dire : tu perds ta joie, tu te fatigues parce que, à cause de ta médiocrité spirituelle, tu portes tout, tout seul, tu mènes tes projets tout seul. Si tu prends ce joug, alors, il y aura une place pour moi à côté de toi, et tu ne seras plus jamais seul. D’ailleurs, vous le savez peut-être, le mot conjoint vient du mot joug, les conjoints ce sont qui se mettent sous le même joug parce qu’ayant expérimenté leur pauvreté, leur fragilité, leur faiblesse, ils disent à leur bien-aimé(e) : veux-tu que nous portions à deux ce que ni toi, ni moi, ne serions capables de porter seuls ? Et, bien sûr, le mariage, c’est un joug à trois places car sans le Seigneur, l’attelage risque vite de devenir disharmonieux !
Oui, la fête du Sacré Cœur, c’est la fête de l’amour excessif déversé sur notre humanité. Et Dieu sait si notre monde, en ces temps a besoin d’amour ; les informations ne cessent de nous parler de violence, de perversions. Le monde a besoin de cette pluie d’amour qui tombe du ciel. Seulement, voilà un mauvais réflexe a été acquis : quand c’est de la pluie qui tombe du ciel, nous avons pris l’habitude de nous mettre à l’abri. J’ai la triste impression que les hommes font pareil quand c’est l’amour qui tombe du ciel !
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons que nos cœurs puissent s’ouvrir à cet amour qui, en cette fête du Sacré-Cœur tombe du ciel, de manière particulièrement forte. Et que nos vies, transformées par cet amour, donnent envie à tous nos frères en humanité de sortir de leurs abris pour ne plus rien perdre de cet excès d’amour que le Seigneur fait pleuvoir sur nous.
