11 septembre : jeudi 23° semaine ordinaire : devenir Zoro de l’amour !

Après avoir écouté cet Evangile, on a envie de demander à Jésus : Es-tu vraiment sérieux quand tu nous demandes tout cela ? Je vous fait un best-off des meilleures paroles de Jésus dans cet Evangile : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. À celui qui te frappe sur une joue, présente l’autre joue. Donne à quiconque te demande, et à qui prend ton bien, ne le réclame pas. » Vous comprenez pourquoi on pourrait avoir envie de demander à Jésus : Es-tu vraiment sérieux quand tu nous demandes tout cela ? En effet, aimer ceux qui nous aiment, ce n’est déjà pas évident tous les jours, alors aimez nos ennemis, ça nous dépasse ! Ne pas rendre coup pour coup, ce n’est déjà pas simple, mais présenter son autre joue à celui nous frappe, c’est encore bien plus compliqué ! D’autant plus que cette parole ne vise pas que les coups physiques mais aussi les coups que l’on se donne par des paroles blessantes, par des regards assassins. Et le bouquet, c’est de ne rien réclamer à ceux qui nous volent. 

Quand nous entendons cette parole, nous pensons peut-être à cette très belle scène des Misérables où l’évêque de Digne a accepté d’héberger le forçat Jean Valjean qui, quoique libéré, est refusé partout. Mais voilà, la nature reprend le dessus et le forçat prend la poudre d’escampette avant le lever du soleil emportant avec lui l’argenterie de l’évêque. Finalement, lors d’un contrôle, il est arrêté et quand il est amené à l’évêque, celui-ci, au lieu de l’accabler devant les gendarmes lui dit : « Mon ami, je vous avais donné les chandeliers aussi, qui sont en argent comme le reste et dont vous pourrez bien tirer deux cents francs. Pourquoi ne les avez-vous pas emportés avec vos couverts ? » Extraordinaire ! Oui, extraordinaire, mais nous ne sommes pas forcément à la hauteur de Mgr Myriel, cet ancien évêque de Digne pour qui un procès en canonisation a été ouvert.

Alors qu’est-ce qu’on en fait de toutes ces paroles de l’Evangile ? Faut-il les laisser pour les héros comme l’évêque de Digne et les zéros que nous sommes se contenteront déjà d’aimer ceux qui les aiment, de ne pas rendre coup pour coup et de donner un peu de notre superflu ? Non ! Parce que nous le savons, et il est bon de nous le redire : l’Evangile n’est pas uniquement pour les héros, genre évêque de Digne, il est aussi pour nous, les zéros à condition que nous comptions sur la grâce. 

En fait, cet Evangile est un vibrant appel à vivre un amour qui nous sorte de la médiocrité et même, excusez le néologisme, un amour qui nous sorte de la « moyenneté », c’est à dire le fait, en matière d’amour, de se contenter du minimum syndical ! Le témoignage des chrétiens ne changera le monde que si les chrétiens, évidemment, renoncent à la médiocrité mais aussi et peut-être même surtout, s’ils renoncent à la « moyenneté ». Pour parler comme Jésus, je dirai  que la « moyenneté », même les pécheurs en font autant. C’est à l’excellence de l’amour que nous sommes appelés car seule l’excellence de l’amour touche les cœurs. 

Je ne résiste pas à l’envie de vous lire la suite de l’histoire de Jean Valjean et de l’évêque de Digne. Puisque l’évêque les assure qu’il n’y a pas eu de vol, les gendarmes s’éloignent et voilà ce que dit le texte : « Jean Valjean était comme un homme qui va s’évanouir. L’évêque s’approcha de lui, et lui dit à voix basse : N’oubliez pas, n’oubliez jamais que vous m’avez promis d’employer cet argent à devenir honnête homme. Jean Valjean, qui n’avait aucun souvenir d’avoir rien promis, resta interdit. L’évêque avait appuyé sur ces paroles en les prononçant. Il reprit avec solennité : Jean Valjean, mon frère, vous n’appartenez plus au mal, mais au bien. C’est votre âme que je vous achète ; je la retire aux pensées noires et à l’esprit de perdition, et je la donne à Dieu. » 

Et nous connaissons la suite de l’histoire, Jean Valjean va passer le reste de sa vie à vouloir faire du bien. Cela prouve que lorsqu’on a croisé sur sa route quelqu’un qui, comme l’évêque de Digne, vit l’excellence de l’amour, forcément, on n’en ressort pas indemne. Ceux qui croisent le chemin des chrétiens médiocres sont carrément détournés de la foi ; ceux qui croisent le chemin des chrétiens moyens ne sont pas du tout attirés par la foi ; seuls ceux qui croiseront des chrétiens vivant l’excellence de l’amour auront le cœur touché. L’excellence de l’amour, voilà le plus puissant vecteur de l’évangélisation. Toutes les techniques, même les meilleures seront vouées à l’échec sans cette excellence de l’amour.

Et vous l’avez bien compris, même les zéros peuvent parvenir à l’excellence de l’amour s’ils acceptent de compter sur la grâce, sur l’Esprit-Saint qui porte ce nom si évocateur de « Père des pauvres. » Oui, un zéro, parce qu’il sait qu’il est zéro ne cherchera pas à réussir par ses propres forces, il se connait trop bien, il connait trop bien ses misères, alors, pour parvenir à l’excellence de l’amour, il demandera au Père des pauvres de l’envahir. Le curé d’Ars aimait dire qu’il était comme les zéros, qu’il n’avait de valeur que mis à côté des autres. Eh bien, c’est avec l’Esprit-Saint que notre amour prendra de la valeur, que nous serons conduits à l’excellence de l’amour.

Il me semble que c’est exactement le message que nous délivrait la 1° lecture. Paul disait aux chrétiens de Colosse : « Revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. » Pour comprendre la force de cette parole, je donne cette comparaison : un enfant qui admire Zorro, quand vous lui offrez un costume de Zorro et qu’il le revêt, il se met à devenir Zorro, à rêver de tout faire comme Zorro ! Eh bien, quand Paul dit : « Revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience » c’est comme s’il disait : revêtez-vous du Saint-Esprit ! En effet, toutes les qualités qu’il énumère, tendresse et compassion, bonté et humilité, douceur et patience, sont des fruits du Saint-Esprit. Revêtus du Saint-Esprit, nous deviendrons comme des enfants revêtus du costume de Zorro ! Nous deviendrons capables de faire reculer les frontières de l’impossible, c’est-à-dire qu’en matière d’amour, nous sortirons évidemment de la médiocrité mais aussi de la « moyenneté », notre témoignage pourra devenir aussi lumineux que celui de l’évêque de Digne et porter autant de fruits. 

Et alors, tout deviendra vraiment formidable, revêtus du Saint-Esprit, nous ne serons plus des zéros mais des Zorro de l’amour ! C’est ce que nous demandons par l’intercession de Notre Dame de Laghet.

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